De Beauvais à Chypre : premiers pas avec Petite E

La veille, on part déjà

Ce voyage a une saveur particulière. C’est le premier pour petite E, 14 mois tout juste. Elle est avec nous à plein temps depuis ses 9 mois, et cette semaine à Chypre est sa grande première aventure. Autant dire que l’organisation a été pensée un peu différemment.

Première décision : partir la veille pour l’aéroport de Beauvais. Réveil à 3h du matin avec un bébé, très peu pour nous. On s’installe donc tranquillement la veille au soir, et on aborde le lendemain matin dans de bien meilleures conditions. Un détail qui change tout quand on voyage avec un tout-petit.

Sandwiches de la boulangerie

Mercredi matin, décollage prévu à 12h30. Avant de rejoindre le terminal, on fait un détour par la boulangerie de Beauvais. Résultat : des sandwiches à 2 € de moins qu’à l’aéroport. Y’a pas de petites économies, surtout en voyage en famille.

Devant le panneau des départs… 1h de retard

Bonne humeur, sandwiches dans le sac, tout le monde est prêt. Sauf que le tableau des départs en a décidé autrement. 1 heure de retard, en raison des conditions météo : vent et neige.

E, curieuse de tout observe l’agitation de l’aéroport c’est nouveau pour elle, tout ça. Pas de repères habituels, pas d’environnement familier. Mais elle s’endort quand même.

Du coup, on mange nos sandwiches à l’aéroport, contrairement au plan initial qui était de les dévorer dans l’avion. On s’adapte.

Dans l'avion : la stratégie des fruits secs

On fait partie des derniers à embarquer. Ce n’est pas un hasard. Laisser E libre de se déplacer le plus longtemps possible, ça évite de longs moments d’attente dans l’avion. Un petit truc tout simple qui fait une vraie différence avec un bébé.

Une fois à bord, E est dans son élément. Elle observe tout : les passagers, les lumières, les hublots. Au moment du décollage, pour éviter le désagréable effet de pression sur les oreilles, je lui donne des fruits secs — elle adore ça. Résultat : elle mâche tranquillement et se moque totalement du décollage. Petite astuce qui a parfaitement fonctionné !

Elle s’endort peu après. Et on profite d’un vol de 3h20 absolument parfait.

Arrivée à Chypre : les douanes en 1 minute chrono

À l’arrivée, bonne surprise. Les formalités à l’aéroport de Paphos sont d’une fluidité remarquable. On s’enregistre seuls à une borne en moins d’une minute, on passe devant le douanier en 20 secondes. Propre, rapide, efficace. Voilà qui commence bien.

La location de voiture : le choix du confort

On récupère notre voiture de location… non sans quelques péripéties. La seule information que le loueur m’avait transmise ? « On sera sur le parking avec la voiture. » C’est tout. Pas de badge, pas de guichet clairement identifié. Un petit coup de WhatsApp s’impose. Et finalement, les papiers se font rapidement.

J’ai, comme à chaque fois que je le peux, opté pour un loueur légèrement plus cher que les plateformes low-cost. Et encore une fois, ce choix se justifie pleinement. Caution de seulement 300 €, pas besoin de carte de crédit — la plupart d’entre nous avons des cartes de débit — et possibilité de payer en espèces. Un confort appréciable qu’on a déjà vécu en Albanie, en Grèce, deux fois au Maroc. Ça vaut largement les quelques euros de différence.

Courses et première route chypriote

On trouve un supermarché à 15 minutes de l’aéroport pour faire les courses de la semaine. Pratique, bien achalandé, sans mauvaise surprise. On reprend ensuite la route vers notre logement.

Et là, la Méditerranée nous accueille à sa façon. On longe la côte, et malgré la nuit noire, impossible de manquer les vagues impressionnantes qui s’écrasent sur la route. L’eau arrive jusqu’à l’asphalte. Chypre est en vigilance jaune pour le vent. Le genre d’arrivée qui marque.

La maison, les clés… et la boulette mémorable

On tâtonne un peu pour trouver la bonne maison malgré les indications de l’agence. Rien d’insurmontable. Le logement est équipé d’une boîte à clés, pratique pour les arrivées tardives — il est 21h30 heure locale. On n’a pas à dépendre de quiconque.

Pendant que Timothée se gare avec le reste de la troupe, j’entre dans la maison accompagnée de ma curieuse de service : Emy. Elle fait immédiatement le tour du propriétaire. J’allume tout pour que ce soit plus agréable au déchargement. Et c’est là que ça se corse.

Je sors une seconde, sans faire attention. La porte d’entrée ne s’ouvre que de l’intérieur, avec les clés. Et les clés… sont restées à l’intérieur. 

Nous voilà tous dehors. Fatigués, affamés, et E qui s’était endormie dans la voiture se réveille pas franchement en forme. Le genre de moment qu’on n’aime pas trop après 3h20 d’avion et une heure de route.

Timothée fait le tour de toutes les fenêtres. Ma sœur consulte frénétiquement Internet pour savoir comment forcer ce type de porte — se prenant pour la dernière cambrioleuse à la mode. Moi, je commence à descendre les sacs de courses. Plan B : on va manger en ville et on attend des nouvelles de l’agence.

Et puis, en passant devant une fenêtre, je pose la main dessus en disant à Timothée : « Celle-là, tu l’as essayée aussi j’imagine ? »

Il l’avait oubliée.

Elle était ouverte.

Emy  passe par la fenêtre, nous ouvre la porte, et on peut enfin rentrer. 

On prépare à manger, on s’installe, on se dit qu’une bonne nuit remettra tout ça en ordre. L’arrivée n’a pas été des plus fluides, mais finalement… ça aurait pu être bien pire. Et on a déjà notre première histoire à raconter.

Bon à savoir – Ryanair avec un bébé de moins de 2 ans : la compagnie autorise l’embarquement d’une petite poussette pliable ainsi qu’un sac de moins de 5 kg en cabine, gratuitement.

Bon à savoir – Mal d’oreilles en avion chez bébé : pour éviter les douleurs dues aux variations de pression au décollage et à l’atterrissage, faites téter, grignoter ou boire votre bébé à ces moments-là. La déglutition compense naturellement la pression. Les fruits secs, une tétine ou le biberon font très bien l’affaire.
 

📌 Infos pratiques – Aéroport de Paphos (PFO)

  • Situé à environ 15 km du centre de Paphos et à 1h30 de route de Nicosie
  • Desservi par de nombreuses compagnies low-cost européennes dont Ryanair, EasyJet, Wizz Air
  • Terminal moderne avec boutiques, restaurants et aires de repos
  • Pas de visa requis pour les ressortissants français, belges et suisses (Chypre est membre de l’Union européenne)
  • Site officiel : hermesairports.com

Bon à savoir – Location de voiture à Chypre : à Chypre, on roule à gauche (héritage britannique). Si vous n’en avez pas l’habitude, prévoyez un petit temps d’adaptation, surtout dans les ronds-points. La conduite est globalement fluide en dehors des grandes villes. Et pensez à vérifier les conditions de caution avant de réserver : certains loueurs low-cost exigent une carte de crédit avec une caution pouvant dépasser 1 000 €. Mieux vaut le savoir à l’avance.

Jour 1 – Chypre : église, village

Le décalage horaire version bébé

Malgré un décalage horaire d’une heure, petite E ne s’embarrasse pas de ce genre de détail. Réveil très matinal pour la demoiselle. J’essaie de la faire patienter le temps que les ados émergent, mais il faut se rendre à l’évidence : la grasse matinée n’est pas vraiment au programme. Et tant mieux, d’ailleurs.

Ici, on est en voyage — pas en vacances. La nuance est importante. Alors après un petit-déjeuner tous ensemble, on se lance dans la découverte de l’île.

Agios Georgios Church : une église face à la mer déchainée

La vigilance jaune liée au vent est levée, mais la mer, elle, n’a pas tout à fait reçu le message. Elle reste déchaînée, puissante, presque théâtrale. Et franchement, c’est magnifique.

À seulement 15 minutes de notre logement, on découvre l’église Agios Georgios (Saint-Georges), posée là, face à l’océan, comme si elle veillait sur les flots depuis toujours. L’endroit est paisible, baigné d’un grand soleil. Pas froid du tout. Un bon présage pour la journée.

Cette petite église est bien plus qu’un simple lieu de culte. Elle fait partie d’un site archéologique côtier qui recèle les vestiges d’une basilique paléochrétienne datant du VIe siècle, avec de remarquables mosaïques encore visibles au sol. Le site comprend également une ancienne nécropole taillée dans la roche calcaire. Un ensemble discret mais fascinant, typique de ces lieux chypriotes qui cachent des siècles d’histoire derrière une façade modeste.

Peyia : le village authentique au-dessus de Coral Bay

Direction ensuite le village de Peyia (ou Pegeia), perché dans les collines à quelques kilomètres de la côte. Avant d’explorer les ruelles, un arrêt s’impose : un kebab local repéré en amont a attiré notre attention. Bonne pioche. C’est savoureux, copieux, et clairement fréquenté par les habitants plutôt que par les touristes. C’est souvent le meilleur signe.

Rassasiés, on monte à pied jusqu’à la place de l’église du village. Le charme opère immédiatement : des maisons en pierre, des ruelles tranquilles, une atmosphère authentique loin de l’agitation des stations balnéaires voisines. Peyia, c’est le vrai visage chypriote, celui que l’on cherche quand on voyage hors des sentiers touristiques.

Piknik Forest : un viewpoint entre forêt et grande bleue

Quelques kilomètres plus loin, la forêt de Piknik (Piknik Forest) nous tend les bras. Le sentier se fraye un chemin entre de belles pierres calcaires, avec un dénivelé tout à fait raisonnable — bonne nouvelle avec une poussette. Et au bout de la balade, la récompense : un viewpoint avec  Peyia, Coral Bay et la mer.

Ce bleu-là, c’est celui qu’on attendait. Profond, lumineux, méditerranéen. Petite E, de son côté, a profité du rythme de la balade pour s’endormir dans la poussette. Visiblement, les grands espaces lui réussissent.

Sieste ratée et glacer sauveur : les joies du hors-saison

Retour au logement pour la sieste de petite E. Bonne idée sur le papier. Sauf que dormir dans une pièce avec de simples rideaux quand on est habitué au noir complet à la maison, c’est une autre histoire. E en a donc décidé autrement. Sieste bâclée, humeur mitigée, et nous voilà repartis à pied en milieu d’après-midi.

Hors saison, le constat est sans appel : peu d’établissements sont ouverts dans les environs. On tourne un peu, on explore, et on finit par dénicher un glacier. Mission accomplie. Le goûter est validé à l’unanimité.

Un rapide passage au supermarché pour quelques bricoles, et la fin de journée approche déjà. Petite E file au lit à 19h30 — quelques heures de retard à rattraper après cette grande première journée. La suite s’annonce bien.

📌 Infos pratiques – Site d’Agios Georgios (Pegeia)

  • Localisation : sur la côte nord-ouest de Chypre, à environ 15 km au nord de Paphos
  • À voir : église actuelle de Saint-Georges, basilique paléochrétienne du VIe siècle, mosaïques au sol, nécropoles rupestres
  • Accès : gratuit, site en plein air
  • Idéal en début de journée pour profiter de la lumière et éviter la chaleur en été
  • Parking disponible sur place

À savoir sur Peyia : ce village de montagne compte environ 6 000 habitants et surplombe la célèbre Coral Bay. Contrairement aux stations côtières très touristiques de la région, Peyia a conservé son âme chypriote avec ses tavernes familiales, son marché hebdomadaire et ses maisons traditionnelles en calcaire. Un arrêt incontournable pour qui souhaite sortir des circuits classiques.

Infos pratiques – Piknik Forest Viewpoint

  • Localisation : entre Peyia et Coral Bay, accessible en voiture depuis le village de Peyia
  • Sentier praticable avec une poussette tout-terrain sur les principaux chemins ; prévoir des chaussures adaptées pour les portions rocailleuses
  • Vue panoramique sur Coral Bay, la mer Méditerranée et le village de Peyia
  • Accès gratuit — prévoir de l’eau, surtout en été
  • Idéal en fin de matinée ou en fin d’après-midi pour la lumière

J2 : Paphos entre mosaïques, tombeaux et coucher de soleil

Parc archéologique de Paphos

Avantage indéniable des départs matinaux : le parc est quasi désert. On circule librement, sans se bousculer, sans file d’attente. Un luxe rare pour un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Soyons honnêtes : les sites archéologiques, d’habitude, ne nous transportent pas forcément. Les vieilles pierres, c’est bien, mais ça ne nous émeut pas toujours plus que ça. Ce qui distingue le parc archéologique de Paphos, ce sont ses mosaïques — immenses, foisonnantes de détails, et dans un état de conservation remarquable pour des œuvres qui datent des IIe-IVe siècles après J.-C.

Ces mosaïques ornaient autrefois les sols des villas romaines des plus riches habitants de la ville. Elles représentent des scènes mythologiques — les aventures de Dionysos, dieu du vin et des festivités, les exploits de Thésée, les amours d’Apollon et Daphné — avec une précision et une richesse de couleurs qui forcent l’admiration. Certains panneaux comptent plusieurs millions de petites tesselles (les morceaux de pierre ou de verre coloré qui composent la mosaïque). Le tout a été réalisé par des artisans grecs, probablement originaires d’Antioche, l’un des grands centres de l’art de la mosaïque dans l’Antiquité.

Quatre maisons romaines sont visitables sur le site : la Maison de Dionysos, la plus grande et la plus riche en mosaïques, la Maison d’Aion, la Maison de Thésée — qui comprenait les appartements du gouverneur romain — et la Maison d’Orphée. Des structures en bois et des auvents protègent l’ensemble. Un vrai travail de conservation que l’on apprécie d’autant plus sur place.

Tombeaux des Rois : souterrain et fascinant

À deux pas du parc archéologique, un autre site UNESCO attend : les Tombeaux des Rois. Le nom est un brin trompeur — aucun roi n’a jamais été enterré ici. Ce sont en réalité les sépultures de hauts fonctionnaires et de nobles de la ville de Nea Paphos, creusées dans la roche volcanique entre le IIIe siècle avant J.-C. et le IIIe siècle après J.-C., à l’époque hellénistique puis romaine.

Le surnom de « Tombeaux des Rois » vient tout simplement de la monumentalité du lieu. Certaines tombes sont d’une élégance architecturale : des colonnes doriques taillées à même la pierre encadrent de grandes cours intérieures à ciel ouvert (les péristyles), autour desquelles s’ouvrent les chambres funéraires. L’ensemble imite délibérément l’architecture des maisons des vivants — une façon, pour ces civilisations, d’assurer le confort des défunts dans l’au-delà.

On s’attarde sur la tombe n°3, la mieux conservée du site. Son péristyle à colonnades doriques est intact, et la descente dans les chambres creusées en contrebas donne une impression saisissante. 

 

Pause déjeuner au kebab Vasanos : la bonne adresse locale

Entre deux sites, l’appel du ventre se fait sentir. Cap sur le kebab Vasanos, à Paphos. Verdict unanime : c’est excellent. Pas gras, pas lourd . Les tomates et concombres frais qui accompagnent les assiettes font un bien fou, surtout quand on vient d’un hiver à base de poireaux et butternut. 

Le bateau Dimitrios : une épave devenue icône

Un rapide détour par le point de vue sur le bateau Dimitrios. Échoué sur les rochers de la côte sud de Chypre, non loin de Paphos, ce cargo rouillé est devenu au fil des années l’une des images emblématiques de l’île.

Le Dimitrios a été délibérément échoué en 1980 après avoir été arraisonné par les autorités chypriotes alors qu’il transportait une cargaison de cigarettes de contrebande. Depuis, les vagues et l’air marin ont fait leur œuvre : la coque est envahie de rouille, les herbes folles colonisent le pont. Une ruine maritime entre deux mondes, avec la mer bleu-vert en toile de fond. L’endroit est aussi prisé des plongeurs, qui explorent l’épave sous la surface.

Château de Paphos : une glace face à la Méditerranée

Dernière étape de la journée : le château de Paphos, planté à l’entrée du port comme un gardien de pierre. Il fait 18°C, le vent souffle, mais cela n’empêche pas une petite glace pour tout le monde — c’est devenu un rituel. Petite E approuve.

Le château a une histoire mouvementée, à l’image de Chypre elle-même. Construit à l’origine par les Byzantins au VIIe siècle pour protéger le port, il est progressivement transformé et renforcé par les Lusignan (les croisés francs qui ont régné sur l’île de 1192 à 1489), puis par les Vénitiens. En 1570, à l’arrivée des Ottomans, ceux-ci le démantèlent partiellement pour le reconstruire selon leurs propres standards militaires. Pendant l’occupation ottomane, il servira même de prison. Les Britanniques, qui ont pris le contrôle de l’île en 1878, l’ont utilisé comme entrepôt à sel. Aujourd’hui, c’est un musée.

La terrasse du château offre une belle vue sur le port et la marina de Paphos. Une belle façon de clore cette journée chargée en histoire.

Coucher de soleil et petite E au repos

Petite E a eu du mal à trouver son rythme de sieste toute la journée — être un peu malade n’arrange rien, et dormir dans un environnement inconnu sans son noir habituel, c’est compliqué pour elle. Retour à la maison pour qu’elle récupère.

Pendant ce temps, Lola et Lili filent attraper le coucher de soleil juste en bas de chez nous. Les photos qu’elles ramènent sont absolument magnifiques — ce ciel orangé sur la Méditerranée, c’est exactement le genre d’images qui résume pourquoi on voyage.

📌 Infos pratiques – Parc archéologique de Paphos (Kato Paphos)

  • Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1980
  • Tarif : environ 4,50 € par adulte (tarif réduit disponible). Gratuit pour les moins de 18 ans
  • Horaires : ouvert tous les jours, de 8h30 à 17h en basse saison, jusqu’à 19h30 en été
  • Conseil : arriver à l’ouverture pour profiter du calme — le site devient beaucoup plus fréquenté en milieu de matinée
  • Site officiel du Département des Antiquités de Chypre 

 

📌 Infos pratiques – Tombeaux des Rois (Nea Paphos)

  • Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO (conjointement avec le parc archéologique de Paphos)
  • Tarif : environ 2,50 € par adulte. Gratuit pour les moins de 18 ans
  • Horaires : mêmes horaires que le parc archéologique
  • À ne pas manquer : tombe n°3 (la mieux conservée), tombe n°8 (dite « tombe du Roi »), les niches funéraires creusées dans les parois
  • Accessible partiellement avec une poussette — certains accès aux chambres souterraines nécessitent de descendre des marches
  • Prévoir un billet combiné avec le parc archéologique pour faire des économies

J3 : Nicosie, la capitale coupée en deux, et les flamants roses de Larnaca

Direction la capitale

Ce matin, petite E a réussi à grappiller quelques heures de sommeil supplémentaires — une bonne nouvelle. Mais la fièvre est là, la toux aussi. Elle n’est vraiment pas dans son assiette. On adapte le rythme en conséquence, sans renoncer pour autant à la journée prévue : cap sur Nicosie, la capitale de l’île, à 2h30 de route depuis Paphos.

Arrivée vers midi. Priorité absolue : trouver à manger.

Déjeuner dans la vieille ville : le kebab et la serveuse bienveillante

On teste un nouveau kebab, cette fois dans un restaurant un peu plus touristique que nos adresses habituelles. Les prix restent raisonnables et dans la même veine que ce qu’on a vu jusqu’ici. C’est bon, sans être transcendant. Mais ce qui marque le plus dans ce déjeuner, c’est la serveuse.

Voyant les yeux fatigués et fiévreux de petite E, elle s’approche spontanément, joue avec elle, lui fait un petit massage autour des yeux avec douceur. Et E — qui d’habitude n’est pas forcément à l’aise avec les inconnus — se laisse faire sans broncher, les paupières qui s’alourdissent peu à peu. Un moment drôle et touchant à la fois. 

Nicosie : la seule capitale encore divisée au monde

Avant de partir explorer la vieille ville, un peu de contexte s’impose — parce que Nicosie n’est pas une capitale comme les autres. C’est la dernière capitale divisée au monde. Une frontière, la Ligne Verte (ou Green Line), la coupe littéralement en deux depuis 1974. Au nord, la République turque de Chypre du Nord, reconnue uniquement par la Turquie. Au sud, la République de Chypre, membre de l’Union européenne depuis 2004.

Cette division est le résultat d’une histoire douloureuse. En juillet 1974, après un coup d’État fomenté par la junte militaire grecque qui visait à unifier Chypre avec la Grèce (l’énosis), la Turquie envahit militairement le nord de l’île. En quelques semaines, environ 200 000 Chypriotes grecs sont déplacés vers le sud, tandis que 60 000 Chypriotes turcs fuient vers le nord. L’île est coupée en deux, et cette cicatrice est toujours visible aujourd’hui — dans les rues, dans les bâtiments abandonnés le long de la Ligne Verte.

La Ligne Verte, tracée initialement au feutre vert sur une carte par le général britannique Peter Young en 1964 pour séparer les communautés lors des premiers affrontements intercommunautaires, s’étend sur 180 km d’est en ouest à travers toute l’île. Dans Nicosie, elle passe au milieu des rues, des bâtiments, des quartiers. Certaines maisons sont encore abandonnées depuis 1974, figées dans le temps.

La tour Shakolas : Nicosie à 360°

Après avoir déambulé dans les ruelles de la vieille ville — ses boutiques colorées, ses façades vénitiennes, son ambiance mélangée d’orient et d’occident —, on monte dans la tour Shakolas. Perchée au sommet du grand magasin Woolworth de la rue Ledra, elle offre une vue quasi panoramique sur l’ensemble de Nicosie.

De là-haut, le contraste est saisissant. D’un côté, la vieille ville chypriote grecque avec ses toits de tuiles, ses clochers et ses dômes d’église. De l’autre, à quelques centaines de mètres à peine, les minarets et les drapeaux turcs de Nicosie-Nord. La dame de l’accueil nous indique qu’à cinq minutes à pied dans telle direction se trouve le checkpoint de la rue Ledra. On décide d’y aller.

Franchir la Ligne Verte : un voyage dans le voyage

Côté grec d’abord : une cahute, des gardes-frontières décontractés. Ils jettent à peine un œil aux passeports — ou plutôt, un œil distrait à nos têtes. La formalité est expédiée en quelques secondes. Quelques mètres de no man’s land, puis le checkpoint turc.

Cette fois, un peu plus d’attention, mais rien d’intimidant. Les gardes sont aimables, curieux. Un rapide contrôle, et nous voilà de l’autre côté.

Le changement est immédiat et frappant. En quelques mètres, tout bascule. Les enseignes passent du grec au turc. Les drapeaux chypriotes laissent place aux drapeaux turcs et à ceux de la République turque de Chypre du Nord. Les visages changent, les sons de la rue aussi — les appels à la prière des mosquées remplacent les cloches. Les boutiques, l’architecture des rues, l’atmosphère générale : tout dit qu’on vient de changer de monde. Cette impression de faire un voyage dans le voyage est réelle, et difficilement descriptible autrement qu’en la vivant.

On s’aventure jusqu’à une mosquée — paisible, ouverte, accueillante. Puis on se laisse guider par les ruelles, sans plan précis, en observant la vie locale qui s’écoule à un rythme différent. Quelques boutiques d’artisanat turc, des cafés, des enfants qui jouent dans la rue. Le quotidien d’une ville coupée en deux.

Lac salé de Larnaca : les flamants roses en fin de journée

Sur le chemin du retour vers Paphos, un détour s’impose par le lac salé de Larnaca. Et quelle bonne idée. En cette fin de journée, le site est baigné d’une lumière dorée qui transforme la surface de l’eau en un miroir rosé. Et sur cette étendue, des centaines de flamants roses qui font simplement leur vie, indifférents aux quelques visiteurs qui les observent depuis la rive.

Ces oiseaux sont fascinants. Leur couleur rose, qui varie du pâle au presque fuchsia selon leur alimentation, leur démarche nonchalante dans l’eau peu profonde, leurs vols groupés au ras de la surface… On pourrait rester des heures. Malheureusement, petite E n’est vraiment pas en forme et on ne s’éternise pas autant qu’on l’aurait voulu. Dommage, parce que le site méritait qu’on s’y attarde.

Le lac salé de Larnaca est l’un des sites ornithologiques les plus importants de Méditerranée orientale. En hiver (de novembre à mars), il accueille entre 10 000 et 15 000 flamants roses (Phoenicopterus roseus) venus principalement d’Iran et d’Afrique. Ces oiseaux migrent vers Chypre pour y passer la saison froide, attirés par les micro-organismes et les crustacés qui leur donnent leur couleur caractéristique et dont le lac regorge. Au printemps, ils repartent vers leurs sites de reproduction, principalement en Camargue, en Sardaigne ou dans les salinas espagnoles.

💡 Bon à savoir – Traverser la frontière à Nicosie : depuis 2003, il est possible de traverser la Ligne Verte à plusieurs points de passage officiels (checkpoints). À Nicosie, le principal est le checkpoint de la rue Ledra, en plein cœur de la vieille ville. Tous les ressortissants de l’UE peuvent traverser librement avec leur passeport ou carte d’identité. Pas de visa requis, pas de tampons dans le passeport côté nord. La monnaie change en revanche : on passe de l’euro (côté grec) à la livre turque (côté turc).

📌 Infos pratiques – Tour Shakolas (Nicosie)

  • Localisation : rue Ledra, au cœur de la vieille ville (Nicosie-Sud)
  • Tarif : 2 ,50€ par adulte 
  • Vue sur : la vieille ville, les remparts vénitiens, la Ligne Verte et Nicosie-Nord

 

📌 Infos pratiques – Lac salé de Larnaca (Aliki)

  • Localisation : à l’ouest de Larnaca, en bordure de la piste de l’aéroport de Larnaca (LCA) — facilement visible depuis la route
  • Superficie : environ 2,3 km² — le plus grand lac salé de Chypre
  • Flamants roses présents : de novembre à mars (pic en décembre-janvier, jusqu’à 15 000 oiseaux)
  • Accès : gratuit, chemin piéton le long de la rive. Parking disponible le long de la route